Fast and Furious
Ce roman de Stephen King, plutôt bon, qui parle… d’une voiture hantée (comme quoi on peut vraiment écrire sur n’importe quel sujet), a été porté à l’écran par John Carpenter en 1983, quelques mois seulement après sa sortie en librairie.
Si on y regarde bien, peu nombreuses sont les œuvres qui ont passé avec succès l’épreuve du feu, à savoir l’adaptation cinématographique. Qu’est-ce qui fait que ça marche ? La réputation et le sérieux du scénariste ? La renommée et le charisme du réalisateur ? Le respect ou non de l’intrigue ? La chance, le hasard ?
Force est de constater que j’ai souvent été déçue par les très (trop ?) nombreuses adaptations ciné, surtout celles de Stephen King. Cela ressemble trop souvent à un mauvais téléfilm. Mais Christine… Quel film magistral ! Aucun plan inutile, une musique comme toujours discrète et efficace, des acteurs inspirés : on finit par y croire à cette histoire invraisemblable.
Bien entendu, le scénariste a coupé un certain nombre d’éléments de l’intrigue initiale : comme Bill Phillips nous l’explique dans les bonus du DVD, lire un livre prend environ 20h, alors qu’un film ne dure que 2h… Il a forcément fallu sacrifier des choses.
Par exemple, alors que dans l’histoire originale, c’est l’ex-propriétaire de la voiture, Roland Le Bay, qui hante Arnie et finit par s’incarner en lui, seule la voiture est maléfique au cinéma. Mais d’autres facteurs aident à transformer un livre en bon film.
Ainsi John Carpenter a fait de la voiture, Christine, un personnage à part entière. La scène d’ouverture nous présente ainsi la « naissance » de cette voiture, alors que cet épisode ne figure pas dans le roman. Filmée dans les tons bruns, ce qui accentue le côté rétro, sur la musique très rock’n roll de George Thorogood (« Back to the bone »), ce moment capital du film nous aide à personnifier un objet qui, dès le départ, s’avère maléfique. Par la suite, Christine évolue et montre ses « humeurs » par ses rugissements de moteur, ou par la musique qui s’allume volontairement. Carpenter souligne les états de fureur du véhicule par un thème musical métallique très agressif, qui contraste fortement avec la musique des années 50 que la voiture affectionne. La rage de ce personnage est également illustrée à la fin par le pare-chocs cassé, tel une dentition acérée de prédateur.
Les autres personnages, notamment Dennis et Arnie, sont également moins nuancés que dans le roman : le premier figure la star par excellence de l’école à qui tout réussit, le deuxième le loser pathétique mais attachant persécuté par une bande de vilains garçons, qui bien entendu auront leur punition par la suite. C’est à un tel point que leur amitié paraît artificielle – ce n’est pas le cas du roman où Stephen King, qui ne subit pas la contingence de la réalisation, peut à loisir s’étendre sur la psychologie de ses personnages. Et si Arnie évolue parallèlement à la restauration de sa voiture, cela se fait par à-coups dans le film, de manière beaucoup plus fluide et logique dans le livre.
La musique, comme toujours dans les films de ce réalisateur, prend une place primordiale. On distingue d’ailleurs 3 types de musique : le thème musical très subtil associé à Christine, la musique des années 50 ressassée par la voiture, et la musique des années 70 qui souligne le décalage temporel entre le temps de l’action et celui de la voiture. Ce mélange nous aide à visualiser le temps qui semble remonter (dans le roman, le compteur kilométrique de la voiture tourne d’ailleurs à l’envers, comme si elle rajeunissait au fur et à mesure que le temps passe). Un des moments musicaux les plus forts du film est pour moi la scène du stade, où Dennis se blesse en jouant alors qu’il voit Arnie le loser embrasser Leigh, la fille que tout le monde convoite. L’enchaînement des images et la musique se complètent de manière parfaite… Un grand moment de mise en scène !
Le cinéma se nourrit très souvent des romans (mais aussi des BD, mangas, jeux vidéos) à succès. C’est en effet un bon moyen de s’assurer une partie du futur public dans les salles. Et c’est typiquement ce qui s’est passé pour Christine : le producteur ,qui avait sympathisé avec l’auteur, lui a acheté les droits du manuscrit. John Carpenter a été choisi ensuite pour le réaliser. Il s’agit là d’un film de progression (par opposition à la Trilogie de l’Apocalypse), mais la fin reste là aussi libre : le mal ne s’en va pas. Témoins les restes compactés de Christine qui semblent bouger sur la séquence finale… Le mal ne s’en va pas, il ne s’en va jamais !
Ce qui fait une bonne adaptation ? On pourrait dire un savant mélange de respect et d’audace. Respect de l’atmosphère et de l’univers de l’œuvre originale. Mais aussi oser faire des coupes, innover et mettre son empreinte à soi. Et c’est ce que John Carpenter a su faire : mettre sa patte tout en respectant l’atmosphère créée par Stephen King . Et d’un sujet un peu ridicule, une voiture tueuse, dans un univers très « teenager », il réussit à nous entraîner dans une ballade mortelle en compagnie d’une chose maléfique. C’est moderne, absolument pas visqueux, mais ô combien effrayant !

Par Caramia, Dimanche 28 Mai 2006 à 21:34 GMT+2 dans Scary Movies ! (article, RSS)






