Jeux d’enfants
Je suis pour ma part amatrice de BD depuis longtemps, et parmi mes séries préférées figure Thorgal, l’œuvre bien connue de Rosinski (le dessinateur) et Van Hamme (le scénariste). Pour les non-connaisseurs, Thorgal est une saga de veine fantastique, qui narre les exploits de Thorgal (forcément), un Viking qui s’avère être un extra terrestre. Comme il se doit, il surmonte de nombreux exploits, rencontre des fées, des sorcières, des monstres, des dieux… Bref, jusque-là, rien de notable, si ce n’est que le scénario est très fouillé, très complexe, et les dessins servent à merveille une histoire fabuleuse. Une bonne BD au passage, si vous ne connaissez pas encore, foncez ! Bref, revenons au sujet qui nous intéresse.
Le tome 8, Alinoë, se démarque cependant des autres histoires de la série. Il présente clairement une histoire d’épouvante, une vraie histoire qui fait peur. Le scénario est simple : Thorgal a laissé sa femme Aaricia, son fils Jolan et son chien seuls sur une île, pour aller faire son devoir d’homme (chercher manger et vêtements). En son absence, le petit Jolan s’invente un compagnon de jeu imaginaire, qui devient peu à peu réel, et finit par prendre prise sur la réalité (pas dans un sens très moral et très rassurant, vous vous en doutez). Jolan, qui est doté de pouvoirs télékinétiques grâce à son ascendance venue des étoiles, perd finalement le contrôle de sa créature, qui s’empare peu à peu des êtres vivants et essaie de le tuer, jusqu’à ce que Thorgal, revenu fort opportunément, réussisse à le faire disparaître.
L’album nous présente un huis-clos éprouvant entre une mère et son enfant… Un enfant terriblement doué, qui finit par faire peur à sa génitrice : il crée un être bizarre, à la peau pâle et aux cheveux verts, un peu plus âgé que lui, tel un grand frère maléfique. L’emprise de cet être de plus en plus réel se manifeste par un signe (un peu comme dans Les Envahisseurs) : les animaux et les personnes possédées ont les yeux blancs, révulsés, et se comportent comme des marionnettes.
La scène finale est littéralement abominable, puisque Jolan assiste à la scène où sa mère devient elle aussi une créature d'Alinoë. Qquoi de plus effrayant pour un petit garçon ??
Cet album est certainement la BD la plus effrayante que j’ai lue… Elle met mal à l’aise, d’une part de par sa construction : la tension monte peu à peu, jusqu’à un final cauchemardesque. Mais elle met également en lumière un fait dérangeant, un petit garçon doué qui crée malgré lui un être abominable. L’innocence qui s’avère être trompeuse, le mal qui vient de l’intérieur, bref un sujet bien connu et très souvent évoqué dans les films et livres d’horreur. Un album à part dans l’œuvre Thorgal, qui se penche sur les relations familiales et sur les frustrations liées à l’enfance, une analyse quasi freudienne de l’enfance (vous savez, l’enfant, « ce pervers polymorphe » ?). Un OVNI au regard des autres albums !
Par Caramia, Dimanche 8 Octobre 2006 à 16:10 GMT+2 dans Les livres, des fois ça fait peur (article, RSS)

On ne va pas faire basculer Cendrillon dans de l'horreur
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