CreepBlog

Quand la ville dort

 

Loin, bien loin des adaptations cinéma a but lucratif - je parle bien évidemment de House of the Dead - il existe des jeux vidéos qui ont passé avec succès l'étape du film.

 

Silent Hill, réalisé par Christophe Gans, à qui l'on doit également Le Pacte des Loups et Crying Freeman, fait clairement partie des réussites du genre. Mais commençons tout de même par un petit résumé de l'intrigue à destination des lecteurs non familiers de ce jeu.

 

Rose est une mère inquiète des impressionnantes crises de somnambulisme de sa fille adoptive Sharon. Elle décide de l'emmener à Silent Hill, une ville a priori oubliée de Virginie occidentale que la petite fille de 10 ans mentionne inlassablement lors de ses crises. Arrivée sur place, elle perd la trace de sa fille suite à un accident de voiture. Après avoir appelé à l'aide son mari - qui bien évidemment partira à leur recherche - et aidée d'une femme policier (Cybil, magnifiquement interprétée par Laurie Holden, actrice récurrente de la série The X-Files) elle commence à explorer Silent Hill, décidée à retrouvée sa petite Sharon. Mais Silent Hill est une ville particulière : abandonnée plus de 30 ans auparavant suite à des événements tragiques, elle enferme ceux qui y pénètrent dans des réalités alternatives très angoissantes.

 

Voilà pour l'histoire. Je vous l'ai dit, le film est tiré d'un grand succès PlayStation, un jeu développé par Konami et clairement à destination des adultes. Les fans (dont je fais partie) plébiscitent un jeu mystérieux, doté d'une ambiance effrayante - certainement l'un des jeux d'angoisse les mieux réussis. L'enjeu était donc de taille pour Christopher Gans, lui-même fasciné par le jeu. Il a notamment du séduire et convaincre les producteurs de Konami, leur faire partager sa vision de l'univers trouble et embrumé de Silent Hill.

 

Une adaptation réussie, sans aucun doute. Forcément, le scénario ne respecte pas à la lettre les intrigues des épisodes du jeu (il y en a eu 5) et c'est bien normal, dans la mesure où l'histoire a une place certes importante mais pas essentielle dans le genre. Le scénariste a donc suivi l'idée du réalisateur en ramenant au premier plan un scénario qui reprend les éléments principaux et identifiables par les fans, tout en introduisant des explications pour ne pas dérouter les autres spectateurs. Le héros - masculin à l'origine - prend ainsi les traits féminins de Radha Mitchell, l'histoire de la ville maudite est largement explicitée et les raisons de la disparition de la petite fille sont clairement identifiées. Un aménagement nécessaire mais tout de même discutable sur certaines scènes, que je jugerais personnellement un poil grandiloquentes et un peu trop tragiques... Mais j'estime que parfois, il vaut mieux ne pas tout expliquer et laisser une marge de manœuvre à l'imagination du spectateur.

 

Mais globalement, l'ensemble est saisissant : Gans a su retraduire à merveille l'univers du jeu, l'atmosphère sombre et angoissante de Silent Hill et surtout la dualité de la ville, tout en respectant une logique imparable... Il joue sur deux doubles dimensions en même temps sans pour autant perdre le fil du discours : une dualité temporelle entre le Silent Hill actuel et celui d'il y a 30 ans, et une dualité spatiale entre le Silent Hill réel, traversé par le père Christopher (Sean Bean dans un rôle à contre-emploi) et le Silent Hill corrompu qui a englouti Rose et Sharon. La vision du réalisateur est d'inspiration presque surréaliste, les monstres et les décors réussissent le tour de force d'être à la fois beaux et répugnants - on se croirait presque dans un tableau de Jérôme Bosch.

 

L'ensemble se révèle éminemment esthétique donc. Je plébiscite notamment la scène des infirmières, parfaitement chorégraphiée, où Rose affronte des monstres muets, aveugles, sourds et effrayants - le mot est trop faible, on assiste à une scène qui réveille les angoisses profondément enfouies en chacun de nous. Peut-être est-ce dû au jeu plutôt bon de l'actrice, toujours est-il que la mise en scène prend aux tripes le spectateur et ne le lâche plus. Exactement la même expérience que de jouer à Silent Hill seul dans le noir... On retrouve les monstres sacrés du jeu, Pyramide Rouge en tête, un univers connu mais toujours aussi angoissant. Les créatures ont toutes une forme humanoïde mais leurs mutations mettent mal à l'aise, entre des corps mutilés, des peaux brûlées et des visages impersonnels. Elles expriment la souffrance et s'expriment par des cris difficilement soutenables. Certaines scènes resteront longtemps gravées dans ma mémoire. Le tout, rythmé par une musique lancinante et la sirène de la ville qui annonce les transformations régulières de l'environnement.

 

La dualité de Silent Hill se retrouve dans les personnages. Consciemment ou non, en choisissant une femme pour incarner le héros, Gans a séparé les univers : aux hommes (Christopher, le policier) le monde réel, aux femmes l'enfer rouge et métallique de Silent Hill. Les femmes tiennent d'ailleurs le beau rôle et une place prépondérante : Rose, Cybil, Sharon et son double maléfique Alessa, Dahlia la mère d'Alessa et Christabella sa tante sont en permanence au premier plan et mènent le jeu. Les hommes sont réduits à l'état de faire-valoir et leur psychologie reste sommaire.

 

Car l'histoire peut se résumer en quelques mots : les épreuves que subit une mère par amour pour sa fille. Elle va changer pendant le film, et cette transformation est symbolisée par le changement des couleurs de ses vêtements : les tons marron chaud du début deviennent gris et froids pour finir rouge sang. Une évolution imperceptible, parallèle à celle du caractère de Rose qui s'endurcit tout au long de ses pérégrinations, alors que Cybil la femme forte finit par s'attendrir.

 

Au-delà de la réussite esthétique et visuelle de Silent Hill, Christophe Gans réussit à nous retransmettre la vision personnelle et passionnée d'un fan. Le film a une âme, une cohérence qu'à mon humble avis on ne retrouvait pas dans ses oeuvres précédentes. Une réussite, une vraie. Un film incontournable... Espérons simplement que la vague des suites ne touchera pas Silent Hill.

 

Pour en savoir plus : Le site - très bien fait - d'un fan sur la série des jeux vidéos

 

Silent Hill - Le film

 

Silent Hill (Silent Hill) - 2006

Réalisé par Christophe Gans

Avec Radha Mitchell, Laurie Holden, Sean Bean, Deborah Unger, Alice Krige, Jodelle Ferland

Scénario de Roger Avary d'après le jeu Playstation

 

Vos commentaires

1 Le Lundi 4 Juin 2007 à 20:19 GMT+2, par Vance

Tiens, j'avais oublié d'en parler. Beaucoup de choses à en dire mais pour résumer, j'ai adoré les décors, l'esthétique, la lumière et les bruitages : Gans a fait très fort dans l'adaptation des éléments matériels. En revanche, le film ne fait pas peur une seconde et on ne tremble même jamais pour l'héroïne. Et ça, c'est une grosse lacune pour un film de (ce) genre.
Excellent article, Cara Mia, et fort bien écrit. On sent la fan-attitude mais elle ne dessert en rien le propos.

2 Le Lundi 4 Juin 2007 à 20:43 GMT+2, par Caramia

rho merci vance ! en fait je déplore simplement dans le film toute la partie avec Christabella. Quand à la scène où Cybil se fait brûler et ce qui s'ensuit, n'en parlons pas, ça frise le ridicule. Mais reste un film très beau, comme tu le soulignes. Donc au final bilan positif pour moi !

3 Le Lundi 4 Juin 2007 à 20:53 GMT+2, par Vance

Ah oui, résumé comme ça, je suis plus proche de ton avis. Je vais tâcher de retrouver ma p'tite chronique (elle date de la projection ciné, je l'avais faite pour un mag) et je la posterai.

4 Le Lundi 4 Juin 2007 à 20:54 GMT+2, par Caramia

bonne idée, j'ai hâte de voir ça

5 Le Lundi 4 Juin 2007 à 21:31 GMT+2, par Vance

C'est fait. Je t'ai emprunté ton résumé, dis-moi si ça te dérange.

6 Le Mardi 5 Juin 2007 à 06:55 GMT+2, par Caramia

Pas de souci... Je vais lire ça de ce pas

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