Mauvaise fièvre
Dans le genre de l'horreur, certains films ont fait date. Notamment ceux des années 70, Massacre à la tronçonneuse et Evil Dead en tête. Ils ont en effet marqué profondément de nombreux cinéastes qui s'en sont par la suite inspirés.
Eli Roth est de ceux-là : fan de films d'horreur, il en tourne depuis toujours. Et avec Cabin Fever (Fièvre Noire), il rend un hommage décalé et vibrant aux films du genre. L'histoire est simplissime - comme souvent finalement, le mieux est l'ennemi du bien. Cinq étudiants louent un chalet au fond des bois, bien décidés à s'amuser, façon Spring Break (vous savez le truc qui passe en boucle sur MTV et que l'on retrouve dans toute série adolescente qui se respecte). Malheureusement pour eux, les vacances tournent au cauchemar lorsqu'ils se trouvent infectés par une abominable infection cutanée... La bonne entente ne va pas durer, et leur comportement incohérent et irresponsable va les mener tout droit à la catastrophe.

C'est en effet l'attitude même de Paul, Karen, Jeff, Marcy et ce gros débile de Bert qui va sceller le destin. D'un point de départ certes problématique mais tout à fait gérable - la rencontre avec un ermite très malade - ils arrivent à une situation inextricable et fatale. N'importe quel adulte normalement constitué aurait appelé les secours. Eux préfèrent chasser à coup de torche l'indésirable, qui meurt brûlé et s'écroule dans la source d'eau alimentant le chalet, et conduira à leur contamination. Un enchaînement de circonstances cynique, presque drôle, qui amplifie encore leurs réactions démesurées. En un mot, les cinq énergumènes se conduisent comme des abrutis et sont responsables de leur sort.
A la manière de Tarantino - avec qui il collaborera plus tard pour Grind House - le réalisateur truffe son film de références cinématographiques. Le chalet perdu au fond des bois fait écho à celui de Evil Dead. Les tordus locaux pourraient être de proches parents des cinglés de Massacre à la tronçonneuse. La scène du tournevis dans l'oreille est inspirée de Zombie, l'aspect squelettique de Karen fait penser à Evil Dead 2, la fête dans les bois à Phantasm (et de manière générale à tous les films d'horreur des années 70 où une fête a toujours lieu quelque part). Même Dennis, le gamin attardé du coin, se met à crier « Pancake ! Pancake ! » comme dans Mad Max 2...Mais au-delà des clins d'œil, l'image même de Cabin Fever provient de l'esthétique des films des années 70. D'abord claire et lumineuse, l'image s'assombrit progressivement, les contrastes s'accentuent pour produire un effet angoissant et rétréci.
Si le film est incroyablement sanglant, il n'en est pas pour autant superficiel. Le scénario introduit des scènes décalées, ce qui rend le film soutenable. J'ai une préférence particulière pour l'attaque karaté de Dennis - une scène d'anthologie tellement elle est saugrenue. Mais l'accident de daim, qui se retrouve encastré dans le pare-brise, agitant en l'air ses pattes, n'est pas moins drôle. Sans compter le pauvre fêtard bousculé qui avale son harmonica, ou les clins d'œil à répétition de la fin. Cabin Fever démontre une fois de plus qu'horreur et humour font très bon ménage (en plus ça commence par la même lettre, c'est pas un signe ça ?) et qu'un bon film d'horreur ne doit jamais se prendre trop au sérieux.
Pour son premier film, le jeune Roth a mis le paquet. Les scènes sont bien sanglantes, gore à souhait, et joue sur un registre bien connu du téléspectateur. Mais Cabin Fever est bien plus qu'un simple film hommage : comme ses prédécesseurs, Roth introduit de l'humour en forçant le trait- et ça, c'est nouveau. Le résultat est saisissant : à la fois ridicule et dégoûtant, on adore. Et ce ne sont pas les heureux festivaliers de Toronto en 2002 qui me contrediront, puisqu'ils ont été nombreux à se ruer sur le film. Du grand art, à ne pas mettre entre toutes les mains cependant.
Un DVD à voir ? Absolument. Pour le film, mais également pour les nombreux bonus présents. On retrouve les classiques documentaires sur le tournage, scènes coupées et autres interviews. Mais Eli Roth, décidément très joueur, nous gratifie d'une (très courte) version familiale du film, façon Disney : les quelques scènes idylliques du début sur une musique allègrement sirupeuse et niaise. Le spectateur curieux peut également, dans le désordre, découvrir la vidéo karaté du jeune acteur incarnant Dennis, des « naked news » - ou la preuve que les femmes nues feront toujours vendre un produit, et surtout un court métrage des Rotten Fruits (les Fruits pourris) que je vous laisse découvrir par vous-mêmes. En un mot : Enjoy !
Fièvre Noire (Cabin Fever) - 2004
Réalisé par Eli Roth
Avec Jordan Ladd, Rider Strong, James DeBello, Cerina Vincent, Joey Kern
Scénario de Eli Roth & Randy Pearlstein
Le Site Officiel du film
Par Caramia, Mardi 10 Juillet 2007 à 21:45 GMT+2 dans Scary Movies ! (article, RSS)







