Zombi, pas zombie
Ah ben oui ma p'tite dame, c'est pas tout à fait la même chose ! Un zombie, c'est ce qu'on voit dans les films de Romero : des morts-vivants avides de chair fraîche.
Un zombi, c'est en général haïtien, ça a trait au culte vaudou et c'est le sujet d'un vieux (mais vieux alors) film de Wes Craven, j'ai nommé The serpent and the rainbow - connu en France sous la traduction beaucoup moins poétique de L'emprise des ténèbres.
Bon en fait pas si vieux que ça
C'est vrai, le film date de 1988. Mais le format et le sujet du film, qui le font ressembler à un documentaire, donnent une impression décalée - sans parler des épaulettes des costumes - et le résultat fait vieux. Le scénario s'inspire de l'essai du même nom de l'ethnobotaniste Wade Davis.
Ne m'enterrez pas, je suis vivant !
Dennis Alan, Indiana Jones des temps modernes, est un anthropologiste travaillant à l'université de Harvard. Après une expérience particulièrement éprouvante en Amazonie, il est missionné par une entreprise pharmaceutique pour enquêter sur les substances employées lors des rites vaudou pour zombifier les gens. Il s'intéresse notamment au cas de Christophe, un haïtien déclaré mort et enterré dans les années 70 et retrouvé vivant quelques semaines auparavant. Une fois sur place notre héros va s'apercevoir que les langues ne se délient pas si facilement sur le sujet : aidé de la belle Marielle, elle aussi adepte de la religion vaudou, il va se trouver confronté aux forces locales - forcément animées d'intentions malfaisantes - représentées par Peytraud et ses « tontons macoute » (ouh que c'est exotique).
Du bon Craven - et oui !
L'emprise des ténèbres ne ressemble pas à l'image des films les plus connus de Craven. Ici, point d'effets spéciaux à la Freddy, pas de scénario compliqué à la Scream, tout est nuancé, fin, subtil. L'histoire s'inspire d'une histoire vraie, et a été intégralement filmé à Haïti. Les zombis sont en réalité les victimes (réelles ou psychologique, le film ne tranche pas vraiment) de sorciers locaux. Et c'est ce qui fait le charme du film. Outre le titre qui fait référence à la religion et aux croyances locales - « le serpent symbolise la Terre, l'arc-en-ciel le Paradis. Entre les deux, toute créature doit vivre et mourir. Mais, parce qu'il a une âme, l'homme peut se retrouver emprisonné en un lieu atroce, où la mort n'est qu'un commencement » - l'interprétation de Bill Pullman est parfaite et la bande-son est à l'avenant.
Craven inscrit son film dans le contexte politique et social de l'époque et du lieu en faisant référence au dictateur Jean-Claude Duvallier, président de 1971 à 1986, date à laquelle il dut fuir suite à l'insurrection populaire. La scène est d'ailleurs présentée vers la fin du film.
Finalement, un chef d'œuvre ?
Bon, le terme est sans doute un peu fort. Mais l'originalité du sujet - les films de zombis sont rares finalement, le zombie sanguinaire est beaucoup plus vendeur - et l'atypisme de la réalisation en font une oeuvre à part. Je me suis surprise à apprécier ce film qu'honnêtement j'avais (oh les vilains a priori !) classé dans la catégorie navet. Comme quoi... des fois, on a quand même de bonnes surprises. Heureusement d'ailleurs.

The Serpent and the rainbow (L'emprise des ténèbres) - 1988
Réalisé par Wes Craven
Avec Bill Pullman, Cathy Tyson
Scénario de Richard Maxwell et AR Simoun, d'après l'œuvre de Wade Davis
Sur CreepBlog : le bestiaire des zombies, l'article sur Wes Craven
Sur la Toile : une excellente chronique d'un blog découvert récemment
Par Caramia, Jeudi 8 Novembre 2007 à 09:14 GMT+2 dans Scary Movies ! (article, RSS)






